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Culture populaire | Voici pourquoi nous avons si peur des clowns


La représentation négative des clowns dans la culture populaire est un facteur qui semble contribuer beaucoup plus à la coulrophobie. (Shutterstock)

Avez-vous peur des clowns ? Si oui, vous n’êtes pas seul. La coulrophobie, ou peur des clowns, est un phénomène largement reconnu. Des études indiquent que cette peur est présente chez les adultes et les enfants dans de nombreuses cultures. Pourtant, elle n’est pas bien comprise en raison d’un manque de recherches ciblées.

Alors que de nombreuses explications possibles de la phobie ont été avancées dans la littérature académique, aucune étude n’a spécifiquement examiné ses origines. Nous avons donc entrepris de découvrir les raisons pour lesquelles les gens sont effrayés par les clowns et de comprendre la psychologie qui sous-tend cette phobie. Nous voulions également explorer la fréquence de la peur des clowns chez les adultes et examiner la gravité de la peur chez celles et ceux qui l’ont signalée.

Pour ce faire, nous avons élaboré un questionnaire psychométrique pour évaluer la prévalence et la gravité de la coulrophobie. Le questionnaire sur la peur des clowns a été rempli par un échantillon international de 987 personnes, âgées de 18 à 77 ans.

Un clown effrayant sort de derrière un arbre. Il porte un haut rouge. Il est maquillé en blanc et affiche un large sourire sinistre peint en rouge
Avez-vous peur des clowns ? Si oui, vous n’êtes pas seul.
(Shutterstock)

Plus de la moitié des personnes interrogées (53,5 %) ont déclaré avoir peur des clowns, au moins dans une certaine mesure, et 5 % d’entre elles ont déclaré en avoir « extrêmement peur ». Il est intéressant de noter que ce pourcentage de personnes déclarant avoir une peur extrême des clowns est légèrement plus élevé que les proportions déclarées pour de nombreuses autres phobies « extrêmes », telles que les animaux (3,8 %), le sang/les injections/les blessures (3,0 %), les hauteurs (2,8 %), l’eau calme ou les phénomènes météorologiques (2,3 %), les espaces clos (2,2 %) et l’avion (1,3 %).

Nous avons également constaté que les femmes ont davantage peur des clowns que les hommes. Pourquoi ? Ce n’est pas clair. Mais cette observation fait écho aux résultats des recherches sur d’autres phobies telles que la peur des serpents et des araignées. Nous avons également découvert que la coulrophobie diminue avec l’âge, ce qui est également observé pour d’autres peurs.

Un homme vêtu d’un costume de clown rouge, bleu, vert et jaune nous fait signe. Il a une perruque multicolore, un maquillage blanc et un gros nez rouge
Tous les clowns ne sont pas censés être effrayants, mais cela ne nous empêche pas d’en avoir peur.
(Shutterstock)

Les origines de cette peur

L’étape suivante consistait à explorer les origines de la peur des clowns. Un questionnaire de suivi a été remis aux 53,5 % de personnes qui avaient déclaré avoir au moins un certain degré de peur des clowns. Cette nouvelle série de questions proposait aux participants huit explications possibles des origines de cette peur, à savoir :

  1. Un sentiment étrange ou troublant dû au maquillage des clowns qui leur donne un aspect pas tout à fait humain. Une réaction similaire est parfois observée avec les poupées ou mannequins.

  2. Les traits exagérés du visage des clowns transmettent un sentiment direct de menace.

  3. Le maquillage des clowns dissimule les signaux émotionnels et crée de l’incertitude.

  4. La couleur du maquillage de clown nous rappelle la mort, l’infection ou les lésions sanguines, et suscite le dégoût ou l’évitement.

  5. Le comportement imprévisible des clowns nous met mal à l’aise.

  6. La peur des clowns a été inculquée par les membres de sa famille.

  7. Les représentations négatives des clowns dans la culture populaire.

  8. Une expérience effrayante avec un clown.

Étonnamment, nous avons constaté que la dernière explication, à savoir celle d’une expérience personnelle effrayante avec un clown, était la moins populaire auprès des participants. Cela indique que l’expérience personnelle ne suffit pas à expliquer pourquoi les gens ont peur des clowns.

En revanche, la représentation négative des clowns dans la culture populaire est un facteur qui semble contribuer beaucoup plus à la coulrophobie. Ce n’est pas étonnant, puisque certains des clowns les plus connus dans les livres et les films ont été conçus pour être effrayants. On peut par exemple penser à Pennywise, le clown effrayant du roman It de Stephen King (1986). (Ce personnage a récemment fait l’objet de deux films en 2017 et 2019, avec Bill Skarsgård dans le rôle principal).

Or, certaines personnes ont peur de Ronald McDonald, la mascotte de la chaîne de restauration rapide éponyme. Le hic, c’est que ce clown n’est pas censé vous effrayer. Cela suggère qu’il y a peut-être quelque chose de plus fondamental dans l’apparence des clowns qui déstabilise les gens.

En fait, le facteur le plus important que nous ayons identifié est celui des signaux émotionnels cachés, ce qui suggère que pour de nombreuses personnes, la peur des clowns provient du fait qu’elles ne sont pas en mesure de percevoir leurs expressions faciales en raison de leur maquillage. Nous ne pouvons pas voir leur « vrai » visage et ne pouvons donc pas comprendre leur intention émotionnelle. Par exemple, nous ne savons pas s’ils froncent les sourcils, ce qui indiquerait de la colère. Le fait de ne pas pouvoir détecter ce qu’un clown pense ou ce qu’il pourrait faire ensuite rend certains d’entre nous nerveux en leur présence.

Ces recherches ont permis de mieux comprendre pourquoi les gens ont peur des clowns, mais d’autres questions demeurent en suspens. Par exemple, si le maquillage qui masque les émotions provoque la peur, les personnes qui se font peindre le visage en animal produisent-elles le même type d’effet ? Ou bien y a-t-il quelque chose de plus particulier dans le maquillage des clowns qui suscite cette peur ? C’est sur ces questions que nous poursuivons nos recherches.

The Conversation

The authors do not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and have disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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